Dusty the Clown

avril 28, 2008

Long time no news… so here it comes…

Depuis la Bolivie, beaucoup d’eau (enfin de bouteilles de 500 ml de Coca) et de nombreux kilometres se sont ecoules…

Toujours sous le choc de ma visite dans les mines du Cerro Rico, j’ai poursuivi ma decouverte de la ville de Potosi le lendemain. Au programme, la visite de la Casa de la Moneda, endroit ou etaient frappees les monnaies espagnoles pendant quelques centaines d’annees. En activite jusque dans les annees 50, l’endroit est charge d’histoire mais egalement de souffrance. Ici, les esclaves et autres travailleurs battaient monnaie dans des conditions dures, ou les temperatures montaient facilement au dessus des 50 degres. Et quand les chevaux ne tenaient plus le coup et qu’il fallait continuer d’actionner les presses (duree de vie du cheval : 4 mois - duree de vie de la machine : quelques centaines d’annees), c’etaient 20 hommes que l’on harnachait au mecanisme actionnant le tout… Aujourd’hui, la Bolivie bat sa propre monnaie au Canada, en Espagne et en France, et la Casa est un refuge pour de nombreuses oeuvres iconographiques, toiles, tableaux d’artistes principalement locaux. Differentes ecoles faisant toute l’eloge du christianisme, a une epoque ou il etait indispensable de convertir les pauvres pecheurs presents dans les villages avoisinants. L’une des toile les plus interessantes est certainement celle comportant un melange des valeurs traditionnelles locales (le culte de Pachamama - deesse de la terre et souvent representee sous la forme du Cerro Rico abritant l’argent) et chretienne. La visage de la Vierge Marie surmontant le Cerro, ses mains en sortant, comme paree de la montagne et de sa richesse. Le mix parfait pour convertir et un bel exemple de propagande a mes yeux…

Dans la nuit, je prends un petit bus vers Tarija et fait une constatation impressionante, basee sur des faits scientifiques collectes de facon irreprochable : dans 50% des trajets bolivien, il est possible de trouver un Vomito. En l’occurence une jeune maman qui etait heureusement installee a cote de la fenetre et qui a pu se soulager allegrement sur le flanc de notre vehicule. Une fois sur deux, et plus particulierement dans les bus de nuit, la conduite de nos amis chauffeurs semble avoir des effets secondaires incontrolables sur leurs condisciples… Pourraient prevoir des sachets non mais quand meme !

Tarija, c’est la petite ville tranquille du sud de la Bolivie. Quelques places ombragees, quelques terrasses et une multitude de vignobles dans les environs immediats. 30 Us dollars plus tard et une petite nuit de repos et ma guide vient me chercher a l’hotel pour me conduire dans trois vignobles differents : industriel et tourne vers l’export avec 2 millions de litres produit par an - artisanal et bien trash ou l’acide supplante le gout du vin - ecologique et post-hippie-je-cuve-ce-que-je-produis-et-je-te-ressers-un-verre-une-fois. Le prix de la demi-journee me parait un peu exagere mais force est de constater qu’a 13h, et apres 45 minutes de degustation-discussion avec le proprietaire du vignoble ecologique, un vieux patch de 57 ans anciennement depute et en charge du developpement de sa region, j’ai largement rentabilise l’investissement. S’ensuit donc une sieste bien meritee et un leger mal de tete en debut de soiree…

Vendredi, je quitte Tarija, direction Salta en Argentine. Apres avoir etudie les differentes possibilites pour franchir les quelques postes frontieres entre les deux pays, Tarija me parait etre le spot ideal. Quatre heures de bus jusqu’a Bermejo, passage par le poste bolivien, traversee du pont peint aux couleurs des deux pays, et passage avec brio des deux postes argentins. Une heure de transit et un nouveau bus jusque Perico ou, apres trente minutes d’attente en compagnie de mon jeune voisin bolivien parti dire bonjour a sa copine etudiante a Salta, nous embarquons pour la derniere ligne droite avant Salta. La journee est longue, le controle anti-drogue a 30 kilometres de la frontiere n’arrange rien (mais le plan des ptits sachets en plastique ingere avec deux litres de lait fonctionne toujours), et c’est plus qu’enchante que je pose mes sacs dans ma nouvelle auberge Saltienne…

Samedi matin, c’est le grand jour. Apres quelques echanges mailiens avec Isa et la fixation d’un rendez-vous dans l’auberge ou je viens de passer la nuit, c’est encore legerement embrume que je la retrouve a mon reveil. Un visage familier au milieu de nulle part et apres pres de trois mois de voyage, ca fait du bien. Un ptit cafe plus tard et nous decidons de louer une splendide Gol pour 4 jours (le F n’est pas tres fashion en Argentine, le vehicule non plus d’ailleurs…). 76000 kilometres au compteur, des freins donnant la possibilite de passer de 100 a 0 en moins de trois dixiemes de secondes, rouge comme un coeur, Dusty the Clown aura l’occasion de gouter a tous les types de revetements durant ces 4 jours et pourra meme gouter a la fameuse Route 40 le temps de quelques heures…

Une fois toutes les formalites liees a la location effectuee, petite balade au sein de Salta la Linda et rapide montee en telepherique sur la coline qui la surplombe, histoire d’assister au coucher de soleil sur les montagnes avoisinantes et sur la ville. Retour a l’auberge et BBQ avec une dizaine d’autres occupants, l’occasion de commencer a feter mon anniversaire en me calant sur le fuseau horaire belge et accessoirement de me rappeler que Bier na wijn,…

Dimanche matin, c’est parti. Dusty ronronne et semble pret a manger le bitume. Rapide presentation avec Travel Buddy et nous prenons la direction de Cafayate, a pres de 186 kilometres de la, sur une route splendide. Les premiers paysages sont fleuris, champetres. Pic-Nic-President-baguette au bord du lac Cobral et nous attaquons la Quebrada de Cafayate. Pendant plusieurs heures, la route serpente entre des paysages tout aussi impressionant les uns que les autres. Formations rocheuses aux multiples couleurs, la Quebrada a ete sculptee par le vent et l’eau au cours de pres de 90 millions d’annees. Pics rocheux, orgues de pierres, chaque virage apporte une perspective differente et le soleil declinant rend le tout encore plus colore et flamboyant.

Apres pres de 5 heures de slalom, nous arrivons dans le petit village de Cafayate. Auberge et terrasse, ambiance tres detendue dans cette region de l’Argentine. Cafayate accueille bon nombre de Bodegas egalement, qui exportent pas loin de 60% de leur production. Ca fait du bien de sortir des grandes villes et de retrouver cette atmosphere de village que je n’avais plus reellement retrouvee depuis mon entree en Bolivie deux semaines auparavant…

Ce lundi, Dusty quitte l’asphalte pour faire ses premiers pas sur la bonne vieille Route 40 que j’avais empruntee en bus en Patagonie. L’etat de la route est tres similaire, la progression plus lente que la veille et nous nous retrouvons vite recouvert par la poussiere qui se degage de la route. Heureusement, les paysages accompagnent notre faible vitesse, et la Route semble avoir ete laissee dans cet etat pour que tout conducteur un tant soit peu prudent puisse egalement profiter pleinement de la vallee dans laquelle il evolue, et eviter tout renard ou camion ayant la bonne idee de croiser son chemin. Nous effectuons quelques etapes en chemin, traversant de petits villages quasi deserts, admirant au passage quelques eglises d’un blanc immacule dans cette region ou tout semble etre poussiereux, avant de poser armes et bagages dans une petite auberge de Cachi, petit pueblo encore plus tranquille que Cafayate et ou il semble faire excessivement bon vivre…

Au programme des deux jours qui viennent, continuation de l’exploration de la region, avec une pointe jusqu’aux Salar situes au nord de Jujuy. Jeudi sera une journee faste, avec un bon vieux bus semi-cama jusque Iguazu et ses cascades. 26 heures de trajet, il n’est pas impossible que je me jette sous la premiere chute d’eau venue pour me detendre un chouia. D’Iguazu, je prendrai un petit vol jusque Buenos Aires ou j’attendrai avec calme et dignite l’autre cigare de fer qui me ramenera au plat pays… Joie et felicite seront les maitres mots de ces trente heures de voyage, et Washington n’a qu’a bien se tenir !

Sur ce, hasta luego et chau ! L’heure est venue pour une splendide pizza au fromage de chevre suivie d’une bonne nuit de repos avant la route de demain !


Muchissima Gracias !!!

avril 27, 2008

Rien a faire, c’est prenant !

Un tout grand merci a tous pour vos messages facebookiens, gmailiens et autres ! Ca fait franchement plaisir et malgre la distance, ca aide a se sentir proche !!!


Devinette du bout du monde…

avril 22, 2008

Les longs trajets en bus peuvent avoir differents types de sequelles sur le cerveau humain. Entre la lobotomie, la perte du Soi dans un abime de contemplation ou encore la cogitation profonde autour de sujets tant divers que varies, il arrive qu’un element vous apparaisse comme une evidence et vous pousse a le partager avec le plus grand nombre (vous le savez, des millions d’internautes transitent sur cette page quotidiennement).

C’est dans cet ordre d’idee que j’ai tenu a vous faire part de cette petite devinette et d’y ajouter quelques prix pour celui ou celle qui trouvera la reponse. La reponse se fera via les commentaires de ce post, et l’heureux gagnant pourra repartir avec, au choix :

- l’exemplaire unique du t-shirt qui me sert de pyjama depuis un mois et demi - dedicace et non lave
- la version imprimee de tous les messages rediges depuis le debut du voyage - valeur hautement historique
- le privilege de pouvoir enfiler mes Columbia pour une periode de dix minutes - traitement anti-champignons offert en sus
- une seance privee de visionnage des cliches pris durant ces trois mois, avec explication detaillee des images presentees - compter 48 heures
- un agrandissement 30*20 de mon facies hirsute
- un poil de lama teint en rose moule
- une carte postale Ushuaia timbree non cachetee et vierge de toute trace d’ecriture

Que cette liste de prix ne vous empeche pas de repondre a la question suivante :

Dans quel pays naissent les plus beaux bebes du monde ? Et pourquoi ?

A vos claviers…


L’Enfer du Decor…

avril 22, 2008

Copacabana et l’Isla del Sol derriere moi, il est temps de redescendre vers le Sud. Rapide trajet jusque La Paz, petite heure de flottement dans le terminal de La Paz, et embarquement pour Sucre, a quelques 12 heures de la. Trajet effectue sans encombres, si l’on excepte Vomito Boy (10 ans et visiblement pas un grand amateur des voyages en bus) et l’arret effectue en pleine cambrousse a minuit pour permettre a tout le monde de se sustenter dans une gargotte ou l’hamburger et le pain au fromage se cotoient entoures de demoiselles fort peu vetues…

A Sucre, je m’installe en plein centre. Rien a dire, la ville est splendide. Les batiments coloniaux se succedent dans d’etroites ruelles, j’accroche directement. Apres une rapide sieste (je ne changerai pas, apres une nuit dans un bus, j’ai toujours besoin de me retrouver scotche a un bon vieux matelas), je prends l’une des decisions les plus importantes de mon voyage. Apres plusieurs semaines de laisser aller flagrant, l’heure du changement a sonne ! Arme de mon rasoir triple lames, de ma bonbonne de mousse et d’enormement de courage, j’attaque ma pilosite faciale avec force. A ma grande surprise, une demi-heure apres, je suis de nouveau doux comme un bebe (du moins au niveau du visage) et peux constater que la barbe empeche le bronzage. Non seulement la partie inferieure de mon corps arbore fierement des couleurs qui feraient palir d’envie Miguel Indurain, mais voila que mon cou n’est plus du tout en harmonie avec mon proeminent front. Qu’a cela ne tienne, il me reste encore quelques jours pour parfaire le tout.

Encore tout emotionne par ce changement radical de mon apparence, je decide de poursuivre la transformation en demandant a ma receptionniste ou trouver un coiffeur digne de ce nom a proximite de mon hotel. Une petite croix sur le plan, une petite balade dans la ville et apres quelques dizaines de minutes de patience, je me retrouve entre les ciseaux de mon visagiste local.

Certains d’entre vous le savent deja, j’adooooore les coiffeurs. Un coiffeur, c’est une compilation intarrissable de faits, d’histoires, de ragots,… Une seance chez le coiffeur et vous pouvez annuler vos abonnements a Gala, Voici, le Moniteur Automobile, Spirou Magazine, Le Courrier International et j’en passe… Il doit y avoir un gene “Coiffeur”, car mon Edouard aux Mains d’argent me rappelle furieusement les coiffeurs belges auxquels je suis habitue. Memes gestes, meme etonnement face a ma toison capillaire pour le moins inhabituelle en ces contrees, meme volonte de vouloir absolument engager la conversation…

Contrairement a mon attitude belge, qui preconise un minimum d’echanges lors de ces rares moments de soumission, je prends un reel plaisir a converser avec Edouard (qui se prenomme probablement Georges, mais Edouard sert bien la cause de ce recit). Ici, les ciseaux professionnels que l’on peut trouver dans tout bon salon belge sont remplaces par une paire de ciseaux “bricolage”, dont les lames sont chauffees au bec bunzen en guise de desinfectant. Je suis entoure par les memes demoiselles devetues que lors de mon arret nocturne et le shampoing consiste en une rapide pulverisation d’eau. En vingt minutes, je perds toutes mes meches et apprehende un peu plus la politique du pays. Selon Edouard, il ne faudra pas attendre longtemps avant qu’Evo, president actuel, saute de son siege. Trois ans avant la fin de son mandat, mais il lui en donne un. Premier president d’origine indienne (mon guide de Tihuanacu en etait tres fier, faisant passer les photos de la prestation de serment dans le bus), il a entrepris bon nombres de reformes, la plus importante etant certainement l’agraire. Il souhaite egalement une nationalisation de bons nombres d’entreprises et autant dire que ce n’est pas pour plaire aux habitants aises de Sucre (ou j’ai apercu quelques Hummers, ca contraste avec le reste du pays), Santa Cruz,… A tel point que sa presence n’est pas admise dans ces villes, et qu’il risque de fortes represailles s’il ose y pointer le bout de son nez… Edouard n’hesite pas a le comparer a Chavez et Castro, et souhaite fortement sa destitution meme si celle-ci doit se produire dans un bain de sang…

Apres cette breve introduction a la situation politique du pays, ou le salaire minimum est fixe a 50 euros par mois, je continue ma decouverte du centre-ville. Rapide passage dans une pizzeria locale et repos bien merite en afonant quelques episodes des Experts dans ma chambre initialement prevue pour 3 personnes (10 euros la nuit !), c’est fou ce que les mauvaises habitudes reviennent vite…

Samedi, rebelotte. Je passe la journee a flaner dans le centre, visite le couvent de San Felipe de Neri aujourd’hui converti en ecole pour jeune demoiselle, et monte jusqu’au mirador.  Je me sens vraiment bien dans cette ville, et le week-end apporte une touche de calme que j’apprecie.

Dimanche, direction Potosi, a trois heures de la. Architecture tout aussi agreable bien que legerement differente, je m’installe dans une petite auberge au fond d’une rue pietonne et disposant d’un petit patio interieur. Le calme en plein centre ville, je cheris l’endroit.

Potisi, c’est 500 ans d’histoire miniere. La mine d’argent la plus importante au monde historiquement parlant, elle est toujours exploitee par quelques 15000 mineurs. A l’epoque de sa decouverte au 16eme siecle, nos amis espagnols n’ont pas hesite a inviter gracieusement quelques millions d’africains pour en extraire le precieux metal. Impossible de savoir la quantite exacte d’argent qui en a ete retiree, mais certaines rumeurs pretendent qu’il serait possible de contruire un pont en argent de Potosi a Madrid, tout en continuant a acheminer le metal extrait de la mine sur le dit pont ! Les esclaves invites de la couronne effectuaient des shifts de 4 mois sous terre, avant de disposer de 4 mois de repos, et ainsi de suite…

Aujourd’hui, les mineurs sont regroupes autour de cooperatives qui leur achetent l’argent extrait de la mine. Ils peuvent egalement vendre le produit de leur travail a des entreprises privees, qui se chargeront de transformer le precieux metal en argent sonnant et trebuchant.  Les conditions de travail sont toujours incroyablement precaires et les mineurs les plus ages depassent rarement les 45 ans, la silice et autres emanations toxiques ayant raison de leur sante… Les heureux touristes que nous sommes ayant la possibilite de visiter certaines mines, je reserve mon voyage pour l’enfer des mon arrivee. 90 % des mineurs de la mine que je vais visiter (environ 2000 au total) sont la parce qu’il n’y a pas d’autre travail possible, 4% par tradition, 2% parce qu’ils aiment le travail (qu’ils disent), le reste du panel prefere ne pas se prononcer…

Aujourd’hui, c’est le grand jour. Apres avoir lu et relu la trentaine de lignes qui constitue l’avertissement preliminaire a la visite, signe une decharge attestant que mort, je renonce a toute poursuite a l’egard de mon organisateur, direction le premier arret. Au programme, seance d’habillage. Bottes, pantalon, veste, casque-lampe et bandana, nous sommes fins prets pour la deuxieme etape : le magasin du mineur. L’idee me plait : apres les explications de Ronaldo, ancien mineur hispanophone (toujours prendre les tours en espagnol : ils durent plus longtemps et les guides etant plus a l’aise dans leur langue, on dispose toujours de beaucoup plus d’informations), nous avons l’opportunite d’acheter quelques presents pour les mineurs que nous allons rencontrer durant la visite : batons de dynamites, feuilles de coca, sodas,… L’occasion egalement de gouter le Ceibo, alcool bolivien a 96 degres dont raffolent les mineurs pour son cout excessivement faible. 1 euros le litre, il y a moyen de s’y mettre a plusieurs pour vider la bouteille. Personnellement, le bouchon ingere aura suffi a desinfecter l’entierete de mon organisme, et je songe fortement a ramener une bouteille pour le jour ou j’aurai un quelconque travail de decapage a effectuer…

Armes de toutes ces provisions, direction le troisieme arret : l’”usine” ou les roches extraites sont traitees a travers differents procedes pour qu’au final seul l’argent soit present. Rien a voir avec ce que la modernite de notre epoque pourrait laisser sous entendre. De petits batiments, remplis de machines, de vapeurs de produits chimiques,… On ne visite pas la chaine de production Actimel de Danone (monsieur Vastemans !). L’automatisation est presente, mais les moyens employes semblent rustiques… Apres ce rapide cours de chimie et de traitement de la roche, direction l’entree de la mine…

Les avertissements sont nombreux concernant la visite de la mine. Outre l’agence, les guides touristiques mettent egalement l’accent sur le caractere dangereux que peuvent recouvrir ces deux heures passees dans le coeur de la montagne. Arme de tout mon equipement, c’est donc avec une legere apprehension que je penetre dans le mince couloir que constitue l’entree. Des tubes d’air comprime longent les murs pour raffraichir l’endroit (montagne d’origine volcanique, la temperature monte jusqu’a 54 degres dans certaines galeries), nous marchons entre les rails des wagons et apres quelques minutes de ce traitement, je commence a ressentir une legere oppression. La galerie empruntee est etroite, le plafond bas, et des millions de particules de silice flottent dans l’air. Conjuguees aux 4300 metres d’altitude et au manque d’air, elles rendent la progression penible et empechent une respiration normale. Le bandana, cense diminuer l’absorption de ces grains de poussiere et rendre supportable les odeurs de souffre et de produits qui nous entourent, augmente la sensation de chaleur et semble etre une barriere supplementaire a l’acces au peu d’air present. Nous ne sommes qu’au premier niveau et apres quinze minutes de ce traitement, notre groupe de 6 personnes se rend clairement compte des conditions de travail de l’endroit. Je savais qu’elles etaient dures, mais les vivre ainsi represente clairement un choc.

Du premier niveau, nous empruntons un etroit couloir en pente pour rejoindre le deuxieme et troisieme. A quatre pattes ou pieds en avant, il est plus facile de se laisser glisser sur les parois que de tenter de progresser courbe. Mon cote jouette prend le dessus (quand un puit ne constitue pas la fin de la glissade) et je commence a me sentir mieux dans cet univers. Ronaldo multiplie les explications et nous presente a quelques mineurs. Le plus jeune d’entre eux a 19 ans et travaille la depuis 2 ans, a raison de 8 heures par jour, 4 jours par semaine. Encore une annee a ce rythme et il aura assez d’argent pour se payer des etudes ! Les mineurs les plus chanceux et travaillant sur une bonne veine arrivent a gagner un peu plus de 400 euros par mois. D’autres arrivent a peine a se procurer les ustensiles indispensables a leur tache et a subvenir a leurs besoins. Au bout d’une galerie, trois hommes remplissent des paniers dont la charge varie entre 35 et 50 kilos. Nous sommes au troisieme niveau et ils acheminent ainsi la roche extraite vers l’exterieur. Ronaldo nous tend une pelle. A nous de pelleter quelques minutes. L’air est chaud, la silice toujours bien presente, et apres quelques minutes de ce traitement, force est de constater qu’il me serait impossible d’effectuer ce travail 8 heures par jour comme les hommes que j’ai en face de moi (et qui ne ressemblent en rien a des Rambos…).

Le retour vers le jour se fait par le meme itineraire. Au lieu de descendre, nous montons. Une occasion supplementaire de se rendre compte des conditions epouvantables dans lesquelles evoluent ces mineurs. C’est a bout de souffle et lessive que je retrouve le soleil, apres deux heures passees dans ce dedale de galeries. Pour egayer le groupe present, nous assistons a une explostion de dynamite, ressentons l’onde de choc, et remontons dans notre petit bus pour rejoindre le centre ville.

La visite de la mine restera clairement un des moments inoubliables de ce voyage. Ce fut l’occasion de penetrer dans le quotidien de ces fourmis (pas de connotation pejorative), travaillant ensemble dans des conditions indescriptibles pour assurer leur quotidien. Un travail penible ou les feuilles de coca representent un element indispensable pour pouvoir supporter l’environnement ambiant et ou notre groupe fut accueilli avec chaleur par chacun des mineurs que nous avons rencontre. Aujourd’hui, les reserves de la mine s’epuisent et augmentent ainsi la penibilite du travail. Mais 15000 personnes continuent a extraire des tonnes de roches quotidiennement pour permettre l’exportation d’un metal qui se retrouvera bien souvent au doigt ou autour du cou de quelques demoiselles en manque de bijou… Mettre le tout en perspective, rencontrer un jeune homme qui aura passe trois ans de sa vie au fond de la terre pour pouvoir se payer ses etudes, affronter les emanations toxiques et la silice, vivre ne fut ce que deux heures dans ce monde, vous comprendrez que la visite de Potosi aura represente quelque chose de fort a mes yeux. Et encore, je me sens toujours en periode de decantation face a ce que j’ai vu et ressenti…

Demain, et pas si loin de la mine, je vais poursuivre ma decouverte de Potosi, de ces magnifiques eglises et batiments datant de l’epoque coloniale et que le travail des esclaves (pardon) volontaires benevoles philanthropes africains et locaux aura servi a financer. Journee balade en ville, qui se cloturera par la prise de mon bus en direction de Tarija. Deux jours au pays du vin Bolivien et, de la, j’espere pouvoir trouver un itineraire non contraignant pour rejoindre Salta en Argentine…


Isla del Sol in the Shadow

avril 17, 2008

Un rapide message tant que ma memoire est fraiche et non encore alteree par les 16h de bus qui m’attendent cet apres-midi et cette nuit…

Comme annonce precedemment, c’est ce mercredi que j’ai effectue ma visite de l’Isla del Sol, dont la partie Nord est situee a 2h en bateau de Copacabana (en tenant compte que je marche probablement plus vite que le bateau, la distance n’est pas faramineuse…).

En posant le pied sur l’ile vers 10h30 du matin, je retrouve des sensations plus ou moins similaires a celles eprouvees lors de ma visite a l’ile de Taquile en 2000. Les iles du lac Titicaca semblent posseder ce charme totalement magique des lieux preserves du temps, de la turpitude du monde moderne, ou le touriste a l’impression de se plonger dans le passe et de se retrouver face a des communautes qui vivent selon des rites bien etablis depuis des siecles et des siecles.

La visite de l’ile commence par un rapide passage au musee local. Notre guide Francisco nous emmene ensuite dans la partie Nord pour visiter differents sites utilises par les Incas. Table de sacrifice (jeunes vierges dont le coeur etait arrache en guise d’offrande au Dieu soleil), pierre sacree,… peuplent le rapide tour que nous effectuons. L’altitude n’est pas trop taxante et en exceptant les quelques montees qui parsement le trajet, mes poumons semblent tenir le coup a un peu plus de 3800 metres.

Une fois la visite terminee, nous avons le choix : retourner a notre point de depart et reprendre le bateau pour la partie Sud de l’ile ou rejoindre cette partie en suivant un sentier longeant les cimes de l’ile. Va pour la deuxieme option. La balade doit durer trois heures, et est l’occasion de profiter des paysages qu’offre l’ile.

La balade est agreable, le soleil m’inflige quelques brulures et je suis heureux d’avoir fait une bonne provision d’eau.

Durant cette journee cependant, j’ai pu me rendre compte de maniere plus directe des effets pervers que le tourisme pouvait avoir sur des communautes isolees. Il m’est arrive de penser a de nombreuses reprises a la notion de tourisme “ethique”, et de la maniere dont cette ressource generatrice de revenu pourrait etre utilisee afin de participer au developpement de zones rurales possedant un interet touristique quelconque. Faire loger un touriste chez l’habitant dans un village isole, lui permettant ainsi de s’impregner de la culture locale et offrant a son hote un revenu qu’il n’aurait pas autrement tout en lui permettant de se confronter a une culture differente, permettre a un touriste de poser les pieds sur l’Isla del Sol ou l’ile de Taquile, le faisant penetrer dans ce qui semble etre une oasis de tranquilite en comparaison a ce qu’il vit quotidiennement et offrant ainsi a la communaute des revenus complementaires a leur activite principale,…

L’Isla del Sol compte 2500 habitants, repartis entre le Nord et le Sud de l’ile (schema belge ?). La ressource principale provient de l’agriculture. Quelques hostels et restaurants sont presents, permettant aux touristes desireux de profiter du calme et de la magie de l’ile loin des hordes de visiteurs d’un jour. Autant dire que la population de l’ile semble vivre en vase clos, ne se deplacant sur le continent que rarement.

Lors de notre marche du Nord au Sud de l’ile, nous avons du franchir un poste de controle separant les deux parties de l’ile. Une taxe de passage fut demandee a l’ensemble des touristes. Pour ma part, je refusai de payer la premiere fois, le facies de mes controleurs ne m’inspirant pas confiance et le montant exige me paraissant en inadequation totale avec le cadre dans lequel j’evoluais. Une bonne demi-heure plus tard, un autre controle, et une nouvelle demande de taxe a payer pour pouvoir passer. Quatre touristes y sont arretes. Ils ont paye au premier poste, et ne veulent pas payer une seconde fois (reaction logique s’il en est). Le couple Allemand avec qui je voyage depuis Uyuni fait partie des recalcitrants et abuses touristes. Apres moultes palabres, il s’avere que le ticket achete au premier poste est un faux, une escroquerie mise en place par certains habitants de l’ile pour extorquer quelques deniers supplementaires aux visiteurs.

Dans le meme temps, les enfants presents sur l’ile ont la facheuse tendance a quemander photographies, argent, de maniere excessivement insistante… Ils n’hesitent pas a plonger leurs mains dans les sacs de provision des touristes, a la recherche de cookies et autres delicatesses, et quelques gestes insultants repondent souvent au refus des touristes.

A mes yeux, ces deux phenomenes ont illustre de maniere forte les effets pervers que le tourisme pouvait provoquer au niveau tres local. En regle generale, les touristes sont souvent percus comme des portefeuilles ambulants, mais la technique d’approche est differente et beaucoup plus douce. Dans le cas present, j’estime que la presence de touriste au sein de ces communautes doit s’accompagner d’un plan d’education, tant des enfants que des adultes. La presence des touristes doit resulter d’une volonte des habitants et non de l’imposition de quelques tour operators qui voient clairement le potentiel economique qu’ils peuvent tirer de l’endroit. Dans un meme temps, il est egalement primordial que nous, touristes, gardions a l’esprit la chance que nous avons de pouvoir nous rendre dans ces endroits et agissions ainsi en consequence ! Loin de penser que je suis le touriste parfait, loin de la, il m’a ete donne de voir certaines choses durant mon sejour dont je ne reviens toujours pas (suis peut etre trop obtu). Le touriste a egalement besoin d’etre eduque !

Si ces communautes ne veulent pas perdre leur ame en la vendant au diable touristico-economique, elles ont interet a prendre des mesures rapidement. Je n’ose pas imaginer le futur de l’Isla del Sol dans 10 ans, lorsque les enfants qui auront vu leurs parents arnaquer les touristes en leur vendant de faux tickets et apres avoir eux-memes farfouiller dans les sacs des touristes accueilleront le sourire aux levres les pigeons d’un jour…


Les Rois du Desert

avril 15, 2008

Jeudi matin, c’est le grand jour ! Mon auberge ayant la bonne idee de n’activer l’eau chaude que quelques heures apres ma mise a nu, c’est passablement frigorifie que je termine mon sac et me dirige vers l’agence chez qui j’ai reserve mon circuit. Il est 8h00, le soleil brille, le fond de l’air est frais et j’ai hate de franchir la frontiere bolivienne.

Apres une petite quinzaine de minutes en minibus, nous arrivons a la frontiere chilienne. Legere periode d’attente, l’occasion de faire connaissance avec les autres participants et c’est reparti, pour une heure cette fois. Nous sommes 11, qui serons repartis en deux groupes une fois le poste d’immigration bolivien franchi. Nos jeeps nous y attendent, et apres avoir fait tamponner nos passeports, nous nous repartissons dans les vehicules. Un couple francais, un couple allemand et un chilien seront mes compagnons d’aventure. Notre chauffeur Nowel s’occupera de l’intendance et rebouchera le trou present dans le pot d’echappement quand l’odeur dans la cabine deviendra trop forte. Notre jeep, une Toyota Landcruiser agee de 20 ans, avale les sentiers de terres et les rochers qui les parsement avec une aisance deconcertante. Je suis impressionne par sa resistance. Tout tremble, on a l’impression que les portieres vont s’ouvrir au moindre choc, et le volant que tient Nowel a plus tendance a indiquer une conduite en derapage permanent plutot que la gestion d’une bonne ligne droite.

De nombreux tours existent pour traverser le salar de Uyuni et rejoindre ainsi la Bolivie a partir du Chili. Le trajet est possible egalement en sens inverse et moultes agences se partagent le gateau. Les legendes urbaines les entourant sont legion, et se retrouver en presence d’un chauffeur ivre ou imprudent semble etre chose courante. Heureusement, Nowel s’avere etre un conducteur experimente, fort de 8 ans de metier, et adepte de la coolitude motorisee. Nous sommes souvent les derniers du convoi (pres de 60 jeeps effectuent la traversee quotidiennement), evitant les nuages de poussieres et ayant ainsi l’opportunite de profiter des arrets sans etre perdu dans une foule de touristes. Et parce que tout voyage en jeep implique l’usage des 4 roues motrices, Nowel n’hesite pas une seconde a emprunter des chemins paralleles parfois pires que la route officielle, pour le plus grand bonheur de ses passagers.

La premiere journee nous donne l’occasion d’apercevoir un grand nombre de lagunes. Blanche, verte, coloree, chaque teinte provient de mineraux, de micro-organismes,… Certaines lagunes sont recouvertes d’une fine couche de glace, et dans cette partie aride de la Bolivie, il a neige il y a 5 jours. Rien a dire, les paysages sont a couper le souffle. Vers 15h00, nous arrivons au refuge ou nous passerons la nuit. Legere collation, rapide sieste, visite de la lagune Colorada situee non loin de la, et nous nous retrouvons tous a table a converser joyeusement. Nous sommes a 4500 metres d’altitude et, visiblement, mes trois nuits a San Pedro ne m’ont pas totalement acclimate a l’altitude. Un bon vieux mal de tete m’accompagne durant une bonne partie de la soiree, et disparait en milieu de nuit. Sac de couchage, double dose de couvertures, je m’endors comme un loir en me rappelant les -12 degres que j’avais affronte la veille lors de ma visite au Geyser de Tatio…

Notre deuxieme journee a un debut similaire a la premiere. Nous sautons de lagune en lagune, apercevant renard et flamands roses. Nous nous alternons pour satisfaire les besoins de Nowel en matiere de musique, branchant nos lecteurs a tour de role. En debut d’apres midi, premiere approche des salars inferieurs a celui de Uyuni. Une grande etendue blanche que nous franchissons a vive allure, sautant au-dessus d’une ligne de chemin de fer. Un rapide passage dans un petit village histoire de faire quelques provisions, et nous nous dirigons vers l’Hotel de sel ou nous passerons la nuit, situe en bordure directe du salar de Uyuni. De belle constitution, il fait partie de ces hotels qui remplacent celui construit en plein milieu de ce desert de sel il y a quelques annees et qui est devenu un musee a present, suite a la pollution qu’il produisait. Au loin, ce n’est que du blanc, separe du ciel par quelques montagnes qui se profilent dans la lumiere declinante de ce vendredi…

Samedi, c’est le grand jour. Nous passons la journee dans le salar. Halte sur l’ile du pecheur, petite randonnee, et reambarquement. Entoures de blanc, la sensation est impressionante. La jeep fonce, le terrain etant plat. Sous nos roues, et sous la couche de sel, un lac d’une profondeur variant entre 7 et 16 metres. Au debut de notre traversee, je n’y pense pas une seule seconde. C’est lors de l’arret lunch, en plein milieu de ce desert, que mon pied s’enfonce legerement dans la couche de sel. Au meme moment, Nowel rapeticit de quelques centimetres. Son pieds vient de traverser la couche de sel a un endroit ou cette derniere est plus fine. Notre jeep est entouree de petits trous qui laissent apercevoir le lac… Une banquise de sel en quelque sorte… Et la prise de conscience que finalement, tout cela est bien fragile…

Arrives a Uyuni, et apres une delicieuse pizza, je decide de remonter vers La Paz dans la foulee. Direction le Nord, pour redescendre ensuite a mon aise vers l’Argentine. En compagnie de Kina et Christian (allemands) et de Matthieu et Marie (francais), nous effectuons un trajet qui pourrait etre qualifie de mouvemente, ou les 10 heures de voyage en comportent facilement 8 ou nous sommes brinquebales comme de vieilles chaussettes. De nuit, j’ai l’impression d’etre attache a ces instruments qui font disparaitre la cellulite en appliquant un massage rapide des zones a traiter (trois semaines de ce traitement et je devrais revenir beau comme un Dieu).

Des Uyuni, la difference avec le Chili et l’Argentine est palpable. La Bolivie est plus sauvage, plus naturelle, et surtout beaucoup moins chere. Depuis mon arrivee, j’ai enchaine les truites et les steaks de Lama, pour des prix oscillant entre 2 et 4 euros le plat ! Un hotel deux etoiles coute entre 7,5 et 10 euros, je decide de m’octroyer un peu de luxe apres les deux premiers mois passes dans des dortoirs pas toujours joyeux…

Mon arrivee a La Paz se fait a l’aube. Nous sommes dimanche mais la ville est quand meme animee. Prise de possession de ma chambre, lecture des choses a faire, petite sieste pour recuperer de la jeep et de ma nuit anti-graisses, et je pars faire un petit tour de reconnaissance des environs. Les anecdotes sur La Paz sont legions, et les mesaventures touristiques semblent etre courantes. Prudent et circonspect, je ne m’aventure pas trop en dehors du centre. La Paz est une enorme ville se repandant sur les collines avoisinantes, sans plan d’urbanisation et dans le bordel (apparent ou maitrise) le plus total. Les rues possedent des denivelees impressionantes, et a cette altitude, l’air manque bien souvent a mes petits poumons habitues au plat pays. Le soir, nous nous dirigeons vers le restaurant de l’hotel Plaza, cinq etoiles disposant d’une vue splendide sur la ville. Entree-plat-dessert-vin pour 10 euros, au coeur de la ville et entoure des milliers de lumiere qui scintillent sur les flans de La Paz, l’endroit est magique…

Lundi, direction le site pre-inca de Tihuanacu, a une bonne heure et demi a l’Ouest de la capitale. Necessitant encore pas mal de travail et d’excavations, la visite du site reste neanmoins excessivement instructive. Civilisation ayant dure pres de 27 siecles (!!!) et ayant precede les Incas, notre guide nous livre toutes les interpretations possibles sur les differents symboles que nous apercevons, nous faisant ainsi constater la maitrise de l’astronomie, des techniques de construction,… de cette civilisation. Tout a une signification, rien n’est laisse au hasard, et une statue presente dans un mur fait legerement pense a notre ami de Roswell…

Ce mardi, et apres 8 ans d’absence, je retrouve le lac Titicaca, mais du cote Bolivien cette fois. Le petit village de Copacabana (dont la plage a tout a envier a son homologue bresilienne) me tend les bras. Couleurs, vieilles mamas emmitouflees dans des chales de laines, flute de pan en arriere plan, le petit village touristique typique des abords du lac. Demain, petit tour en bateau jusqu’a l’Isla del Sol.

Je quitterai le lac jeudi en debut d’apres midi pour rejoindre La Paz. Une petite heure de transit et un bus cama me conduira a Sucre. Dans une petite dizaine de jours, je retrouverai l’Argentine, ses glaces et ses pizzas. Mais avant cela, je compte bien m’enfoncer de quelques centaines de metres dans le sol a la mine de Potosi et gouter quelques bons vins dans la region de Tarija…

Allez, comme on dit ici, marchez doucement, mangez peu et dormez seul (pour une fois, je rempli tous les criteres sans devoir me forcer, c’est pas beau ca !)…

PS : pour ceux qui ont le courage de s’afoner tous mes posts depuis le debut, un petit cadeau tres narcissique (et parce que certains d’entre-vous se demandent a quoi je peux bien ressembler apres ces deux premiers mois). Follow the link… (4000 metres d’altitude, le soleil en plein dans la tronche, une nuit sur un matelas proche d’une planche en bois, j’essaie de justifier ma tronche d’endormi…)


Grispoils Strikes Back

avril 10, 2008

Je vous previens d’emblee : au sein de ce message, vous allez manger du chiffre comme jamais. Enfin, juste quelques nombres, a la volee et sans pretention aucune !

Ma decouverte de Valparaiso s’est poursuivie les deux jours suivants mon dernier message. Comme deja evoque precedemment, j’ai developpe un interet certain pour la vie de ce bon vieux monsieur Neruda, et il m’etait moralement impossible de quitter la region sans me rendre a Isla Negra, au Sud de Valpa et ou l’illustre homme possedait sa derniere maison, la plus complete et surtout intacte, les troupes de monsieur Pinochet ne l’ayant pas mise a sac apres sa prise de pouvoir. Le site est enchanteur, au bord de la mer et d’une minuscule plage ou de gigantesques vagues viennent se fracasser sur les rochers la bordant. Le Pacifique n’est pas si gentil que ca a Isla Negra.

Pour parfaire ma visite de Valparaiso, je decide donc de prolonger mon sejour d’une journee. Le ciel est clement, et j’aurai la chance de pouvoir me balader jusqu’a plus soif dans les inombrables ruelles qu’elle compte. Au passage, je croise par hasard Benoit, un francais rencontre a Ushuaia un mois plus tot et qui sort de chez lui au moment ou je sors de mon ascenseur (que voulez vous, faut les faire fonctionner ces braves, et c’est tellement moins ereintant que d’affronter les rues style San Francisco de l’endroit). Avant de reprendre mon metro pour Vina del Mar, passage oblige chez Pablo pour lui dire au revoir, et a 23h30, j’entame mon trajet qui me conduira a La Serena.

Fraichement debarque a 6h du matin, je me mets en quete d’un logement. De bien entendu, a cette heure relativement matinale, tout est ferme. Je fais donc un rapide tour en taxi pour rien, avant de decider de me poser au terminal des bus et d’attendre une heure un peu plus raisonnable. A 7h30, j’evite le taxi et remonte l’avenue, direction mon auberge. Le taxi aura au moins eu le merite de me donner une idee d’ou se trouvaient les coins interessants et 10 minutes plus tard, j’y suis. Pas de chambre disponible avant 11h00, j’ai dormi trois heures dans le bus, et mes paupieres sont soumises a une gravite telle qu’il devient complique pour le frele etre que je suis de rester eveille. Et pourtant, j’ai interet !

Avant de quitter Vina del Mar, et apres avoir lu mon guide sur ce qu’il etait possible d’y faire, j’avais envoye un mail a l’Observatoire Astronomique du Cerro Tololo. Le personnel y organise une visite gratuite tous les samedis. Seules conditions requises : etre motorise et s’y prendre longtemps a l’avance, le nombre de places etant limite. Au moment ou j’envoie mon mail, je ne reunis aucune de ces conditions, et je me dis que mes chances sont maigres… A ma grande surprise, vendredi soir et avant de grimper dans mon bus, je recois un mail me confirmant ma reservation et m’expliquant comment me rendre a la porte principale, ou me sera remise une autorisation en bonne et due forme. Il ne me reste plus qu’a trouver un moyen de locomotion pour parcourir les 55 kilometres avant l’entree du complexe et les 33 kilometres grimpant jusqu’au sommet, a plus de 2000 metres d’altitude.

Samedi matin donc, legerement embrume et en attente de ma chambre, je fais rapidement le tour des differentes options qui se presentent a moi. En gros, et pour parcourir plus de 85 km aller sans parler du retour, j’ai le choix entre un taxi et la location d’un vehicule. Je dois etre a 13h15 a l’entree, ma chambre sera libre a 11h00, j’aurai juste le temps de prendre une douche avant d’embarquer dans le moyen de locomotion choisi. Apres une rapide etude comparative des tarifs proposes, mon choix se portera finalement sur une splendide Yaris coupe a la location, pour la modique somme de 40 € les 24 heures, contre 50 € pour le taxi. Conduire a nouveau, etre libre de prolonge mon escapade dans la region sans contrainte, l’idee me plait.

J’arrive donc frais comme un gardon a 13h15 petantes au poste de garde. Controle d’identite, remise de l’autorisation, et les differents vehicules presents entament la montee vers l’observatoire en convoi. Route de terre, la prudence est de mise et 45 minutes plus tard, nous arrivons au pied des differentes coupoles. La visite dure deux heures, notre hote ouvre l’un des domes, fait pivoter le telescope sur son axe, et nous livre mille details sur l’exploration et les recherches effectuees a Tololo. On sent une reelle passion dans son discours, mais egalement un esprit de competition qui se manifeste par l’obsession de posseder le plus grand telescope (tellement masculin tout ca). Le plus imposant de Tololo fait 4 metres de diametre et fut le plus grand du monde jusqu’au jour ou un autre reseau de recherche en a fait construire un de 8 metres. Et depuis, c’est la surenchere : on parle d’en construire un de 30 metres (le TMT : Thirty Meters Telescope - ils ne se foulent pas pour trouver les noms) et l’ESO (European Space Observatory) reve d’en construire un de 100 metres, en s’inspirant des methodes de construction developpees par monsieur Eiffel en son temps. Autant vous dire que le 4 metres que j’ai en face de moi m’impressionne deja, alors 100…

Apres cette visite, direction un petit village situe non loin de la, pour reserver un tour nocturne dans un observatoire specialement concu pour les gentils touristes que nous sommes, et je fais un rapide passage dans la vallee d’Esqui, mondialement connue pour etre l’un des principaux centres de production de Pisco, cet alcool local dont j’ai raffole il fut un temps. A 20h30, rebellote, c’est en convoi que nous commencons l’ascension d’une colline, direction l’observatoire. Autant dire qu’avec l’obscurite et la poussiere, ce n’est pas vraiment une partie de plaisir, mais je m’amuse tout de meme, zappant sans cesse entre les differents postes de radio de Grispoils junior. La visite dure egalement deux heures. Au programme, moultes explications, vulgarisee a souhait et prodiguees par des amateurs astronomes que j’estiment excessivement competent. Pendant plusieurs dizaines de minutes, nous avons l’opportunite de poser mirette dans la lunette de deux telescopes, decouvrant ainsi clusters, planetes, constellations et nebuleuses. Autant vous dire que je suis ravi, et que cela complete parfaitement la visite theorique du debut d’apres midi.

Apres toutes ces emotions, je m’octroie un dimanche paisible ainsi qu’un petit cinema dans le complexe commercial flambant neuf de l’endroit. Au programme “No Country For Old Men” dont j’ai malheureusement rate le monologue de fin de Tommy Lee Jones suite a une incroyable quinte de toux. A 19h30, je me dirige vers le terminal, direction Calama, etape obligatoire precedant mon etablissement a San Pedro de Atacama. Le trajet s’avere plus long que prevu, relativement peu confortable, et c’est finalement apres 21 heures de voyage que je prends possession de mon nouveau chez moi.

San Pedro est touristique, il n’y a rien a dire. Mais les rues poussiereuses, etroites, bordees de maisons sans etages lui donnent un cachet irresistible.

Dans le meme ordre d’idee que la visite de l’observatoire de Tololo, je me suis egalement mis en tete de visiter la mine de Chuquicamata, sise a 16 kilometres de Calama et a une heure trente en bus+taxi de San Pedro. L’un des plus grands complexes a ciel ouvert du monde, on y produit du cuivre en quantite phenomenale. L’organisation de la visite s’avere un peu plus complexe, et je ne recois mon autorisation qu’au moment ou je suis deja a San Pedro. Qu’a cela ne tienne, mardi matin, je fonce au bureau de ventes de la compagnie de car (pas de terminal a San Pedro), saute dans le premier bus, affrete un collectivo et a 9h30 tapantes, je suis a l’entree de la mine.

Il y a de cela quelques mois, Chuquicamata etait encore un petit village en bordure du complexe minier ou vivaient pas moins de 10.000 personnes. Mais suite a des raisons ecologiques et de sante publique, toute la communaute a ete demenagee a Calama. Les emissions de souffre necessaire au traitement du cuivre, la poussiere generee par les camions et les operations de forage, tout cela a pousser Codelco (entreprise appartenant a 100% a l’etat chilien) a delocaliser tout ce petit monde. La visite est excessivement interessante. 3 heures ou notre guide nous donne toutes les informations possibles et imaginables sur ce business plus que rentable. Le tour est organise par Codelco, et on sent une petite pointe de propagande dans le tout. Et maintenant, accrochez vous, la partie chiffre commence vraiment. L’ensemble du complexe genere 11.000 US dollars de profit par minute. Le cours normal du cuivre devrait tourner entre 0.6 et 0.7 dollars la livre, mais suite a la demande chinoise et indienne, les cours s’envolent et tournent aujourd’hui a plus de 3.90 dollars ! La mine que j’ai pu apercevoirm Radomiro Tomic, et qui n’est pas la plus grande, emploie 650 personnes et produit 300.000 tonnes de cuivre par an. Chuquicamata, la plus grande, emploie quant a elle 7500 personnes et ne produit que 600.000 tonnes (plus ancienne, elle necessite plus de monde). Chaque camion coute 3,2 millions de dollars et peut transporter entre 300 et 360 tonnes de roches. En sachant qu’une tonne contient generalement 5kg de cuivre exploitable, une benne en contient 150 kg ! En gros, c’est plusieurs milliards de dollars que le Chili gagne en exploitant ces mines.

Apres cette visite, j’enchaine ce mercredi avec une visite du champ de geyse de El Tatio. Debout a trois heures trente du matin pour pouvoir assister au lever du soleil sur le champ, le spectacle est impressionnant. Pas d’”eruption”, beaucoup de vapeur, nous pouvons deambuler autour des differents orifices de sorties, en gardant bien en tete que la temperature de l’eau avoisine les 85 degres, et qu’il serait malvenu de se prendre une douche par inadvertance. L’apres-midi, echainement avec une poussee plus approfondie dans le desert a proprement parle. Vallee de la mort locale, Salar, et Vallee de la Lune, en deux jours, je me serai empiffre de desert et de paysages a couper le souffle.

Demain et jusque samedi apres-midi, je vais gouter au cote Bolivien de la chose. 3 jours en jeep, une nuit en refuge a 4500 metres d’altitude, une autre dans un hotel de sel, le tout pour rejoindre Uyuni et ses lacs de sel. Normalement, je devrais passer une petite dizaine de jours en Bolivie avant de redescendre sur le Nord de l’Argentine. Ca peut paraitre con, mais le temps passe vite, beaucoup trop vite, et le Chili a quelque peu monopolise les deux premiers mois de ce voyage…

A bientot donc, du cote bolivien de la frontiere !

PS : la redaction de ce post s’est faite dans une urgence totale. Lenteur du clavier, upload des photos excessivement complexe (ne me demandez pas pourquoi), et fermeture imminente du cybercafe… Pas eu le temps de le relire, donc excusez mon francais si pas toujours tres bon et si orthographe parfois douteuse…


Where is Bryan ?

avril 4, 2008

Bryan est peut-etre dans sa cuisine a l’heure actuelle, mais ce qui est sur, c’est que j’ai passe cinq jours en sa compagnie sur Rapa Nui !

Bryan est americain, originaire de cet etat ou “Everything is bigger”. La cinquantaine, une garde-robe aussi fournie que la mienne (entendez qu’il change de T-Shirts aussi souvent que moi), affuble d’une casquette irremediablement vissee a son occiput quelque soit l’heure du jour ou de la nuit, il a le look de la nationalite…

Ma prise de contact avec Bryan fut breve  et mortellement banale. Un echange de “Tu viens d’ou ?”, “Quelle ville ?” et des commentaires qui suivent chaque reponse. Il faut savoir que Bryan aime voyager et qu’il le fait generalement de maniere tres econome. A son actif, pas moins de 66 pays en 5 ans, les principales capitales europeennes en deux semaines, et un souvenir loin d’etre indelebile de Bruxelles. “A part un gamin qui pisse dans un seau et neuf boules qui flottent dans l’air, Bruxelles, c’est bof” furent en resume ses propos lors de l’enonciation de ma ville de residence. Je ne lui ai pas parle de Janneke ni de la Basilique de Koekelberg, ne voulant pas le froisser le premier jour…

Chauffeur de poids lourds dans le plus beau pays du monde, il vit dans la cabine de son 18 roues. Son argent est depense en voyages et en cadeaux qu’il fait a sa famille (remboursement de prets hypothecaires,…). Ancien sans domicile fixe, plongeur dans un restaurant, licencie du MacDo local pour service en etat d’ebriete, Bryan connait la valeur de l’argent et 1000 pesos, ce sont 1000 pesos crevin ! C’est pour cette raison que Bryan a pris trois vols pour venir sur l’Ile de Paques, et economiser ainsi 200 US dollars. Venant de Tahiti (ile d’ou la compagnie LAN vole quotidiennement vers Rapa Nui, 5h de vol), il a prefere prendre un vol pour Los Angeles, suivi d’un autre pour Santiago, avant d’aterrir sur l’Ile de Paques apres… 40 heures de voyage…

Bryan, c’est aussi une bouteille de limonade remplie d’eau du robinet congelee qu’il garde aupres de lui en permanence, une boite de flocon d’avoine qu’il accompagne volontiers d’une ou deux canettes de biere, et un professionnel des auto-goals au Kicker (et comme nous etions dans la meme equipe, que je m’occupais de l’attaque, autant vous dire que j’ai du prendre sur moi pour ne pas lui enfoncer l’une des tiges dans son conduit auditif droit).

Un element majeur de la personnalite de Bryan est qu’il peut soit etre parfaitement silencieux, soit bavard comme ce bon vieux Fidel maintenant retraite. Ainsi, si vous n’etiez pas present dans la partie commune de l’auberge mais dans votre chambre ou en retrait, vous pouviez etre sur d’entendre l’histoire de Bryan over and over, mots pour mots et a la virgule pres, en fonction des personnes le rejoignant. Et pas question d’ecourter votre echange avec lui en lui disant que vous aviez deja tout entendu de loin. Quand Bryan vous parle, il vous parle et fait fi de toute objection !

L’evenement marquant de la semaine de Bryan fut le jour ou il revint a l’auberge en possession d’une pierre volcanique. Emballe qu’il etait, nous avons tous eu le droit (l’obligation ?) de l’admirer et de nous extasier devant la legere teinte pourpre qu’elle possedait. Pour Bryan, c’etait le cadeau ideal pour son frere. Gratuit, ramasse lors d’une promenade, venant de Rapa Nui, c’etait parfait. Lorsque je lui ai fait remarque que, vu les circonstances actuelles et la deterioration que Marko, mon colocataire, avait inflige a l’un des sites de l’ile, il n’etait peut etre pas prudent de tenter de franchir la douane avec un bout de roc dans sa poche, Bryan ne s’est pas laisse abattre pour un sou, que du contraire. En deux jours, toutes les autorites de l’ile furent consultees afin de savoir s’il risquait quoi que ce soit. Une seule solution pour faire sortir la pierre de l’ile : demander au musee local un certificat attestant que la pierre ramassee etait sans valeur archeologique, et pouvait donc quitter le territoire. Bryan etait aux anges : il allait probablement pouvoir offrir sa pierre a son frere, ainsi que le certificat declarant qu’elle etait totalement sans valeur (sic) ! Malheureusement, le musee ne certifie que les artefacts originaux, et s’est avere incompetent dans la certification de l’absence de valeur d’un bout de caillou volcanique. C’est donc la mort dans l’ame que Bryan parti, un soir ou le ciel s’enluminait de millions d’etoiles et ou les chiens hurlaient a la lune, redeposer son roc a l’endroit exact ou il l’avait trouve…

Bryan, c’est aussi le gosse qui sautille apres avoir pris une photo du coucher de soleil sur le site de Tahai, en s’exclamant “That’s a keeper, that’s a keeper” tout en montrant sa photo a tout bipede present sur site. Une semaine qu’il y vient tous les jours et qu’il est decu du resultat, et voila que son dernier soir lui livre le cliche tant attendu (un peu oblique, il s’en rendra compte par la suite… J’ai essaye de lui parler de Photoshop mais la sauce n’a pas pris…).

Bryan, et a mes yeux, etait un personnage attachant, touchant, et blinde d’une certaine experience de vie qui inspire le respect. Le dernier jour, il me confia qu’il etait content de rentrer a la maison. Ses quelques mois de voyages lui suffisaient, et il avait le sentiment d’etre arriver au bout des raisons qui l’avaient pousser a partir. Parmi ses projets futurs, il compte essayer de partir en Chine donner des cours d’Anglais. Une chose est sure : nous ne sommes pas pres d’oublier le jeu de cartes chinois qu’il nous a enseigne et qui a occupe bon nombre de nos soirees ! That’s a keeper !


Hoy es hoy y ayer se fue, no hay duda !

avril 3, 2008

Dieu du ciel… Voila un post qui s’annonce difficile a rediger, vu le nombre important de jours qui se sont ecoules depuis le dernier et les difficultes que j’eprouve toujours a exprimer ce que j’ai ressenti durant ma semaine sur l’ile de Paques. Heureusement, je n’ai pas effectue dix mille deplacements durant ce laps de temps, ce qui me donnera peut etre l’occasion de sortir de mon carcan “lundi, mardi, mercredi”…

Ma semaine sur l’Ile de Paques a ete incroyable. La location du scooter m’a permis de silloner l’ile en tous sens, de voir et revoir certains des sites qui m’ont le plus interpelle et de regouter au sentiment de liberte que me donne ce moyen de locomotion.

Avant de vous parler de l’ile en elle-meme, petit flashback sur les personnes qui ont partage mon quotidien durant cette semaine.

Lors de mon arrivee a l’aeroport, je me retrouve avec deux americains et deux japonaises dans le petit van qui nous conduit a l’auberge.
- Tyler est le premier avec qui j’engage la conversation. Texan, l’image typique du Yankee egocentre qui pense que le monde entier devrait parler anglais avec un accent nasillard. Les ambassades americaines etant territoire US, il est normal qu’il ne fasse pas la file et si par malheur un chilien devait lui faire une remarque, il s’empresserait d’en faire rapport au personnel present pour qu’on lui interdise l’acces au plus beau pays du monde. Autant vous dire que mes echanges avec Tyler furent tres limites.
- Aaron : hawaaien, detendu, nous avons passe pas mal de temps ensemble, jusqu’a mon depart de Santiago. Tout le contraire de Tyler. Mais bon, Hawaai, ce n’est pas vraiment les Etats-Unis, si ? Le jour du depart de Tyler, un bon vieux cafard squatte notre chambre l’espace de 24h. Aaron me fait tres justement remarquer que nous n’avons pas perdu au change.
- Marko : certains d’entre vous auront peut-etre entendu parler de Marko. Avec Aaron et Tyler, il est le quatrieme laron de notre dortoir. 25 ans, finlandais, revant de devenir boxeur professionnel, tatoue, il peut faire peur au premier abord et a vecu ses 15 minutes warholienne sur l’ile. Le lendemain de notre arrivee, il decouche et ne revient que le lendemain apres-midi, entoure de deux detectives de la police chilienne. Marko a en effet eu l’excellente idee de tenter de ramener un bout d’oreille de l’une des statues en guise de souvenirs. Autant vous dire que sur Rapa Nui, on ne plaisante pas avec les statues. Resultat : une nuit en prison, une amende qui avoisinera les 20.000 US dollars, et une eventuelle peine de prison pouvant monter jusqu’a 7 ans ! Durant toute la duree de mon sejour, il ne peut sortir de l’auberge, attendant une decision de la justice chilienne. Le geste est stupide, il en est parfaitement conscient et regrette son erreur. Meme si tout le monde est d’accord pour condamner son geste, une solidarite se developpe parmi les autres voyageurs, et nous nous alternons pour lui procurer nourriture et autres denrees. Marko se revele etre plus que sympathique et a l’heure ou je tape ces quelques lignes, il doit encore etre en train de se morfondre sur l’Ile… J’espere sincerement qu’il ne devra que payer son amende et qu’il ne croupira pas en prison pour quelques annees (ses tatouages, a l’inverse de Michael Scoffield, ne representent pas le plan de la prison de Santiago…)
- Raoul : espagnol, extraverti au possible, drole, cynique et adepte du second degre, il anime nos soirees et me fait decouvrir le Bruce Douglas, un whisky ecossais qui, je pense, ne doit etre en vente que sur l’Ile de Paques (et qui coute un peu plus qu’une bouteille d’eau de 1,5 litres)… Genial inventeur du Cat-Bowling, sport se pratiquant de preference avec un chaton et une dizaine de canettes de biere vides (je n’etais pas present !).
- Julio : italien comme on l’entend. Mixe l’espagnol, l’italien et l’expression corporelle de fort belle maniere, et souffre d’une obsession chronique vis a vis d’une conductrice de taxi rencontree a son arrivee.
- Bryan : autre texan, chauffeur de camion, je songe fortement rediger un post bjornesque a son sujet, tant le personnage m’a rappele Bjorn (sans les phases de comas et avec un vocabulaire plus developpe). Avec lui, Julio et Raul, nous formons un quatuor de joueurs de kicker acharnes durant les premiers jours, avant d’echanger le ballon contre un jeu de carte espagnol et chinois…
- Les deux japonaises : s’enfuiront apres quelques nuits, vu le nombre (excessif a leurs yeux) de cafards presents dans et autour de l’auberge. A moins de se refugier plusieurs metres au dessus du sol, je ne suis pas sur qu’elles aient trouve un autre endroit sur l’ile depourvu de ces charmantes bestioles…
- Anna et James : un couples ecossais, adeptes des Monthy Pythons, de ce bon vieil humour so British, de whisky et de vin. Chanteurs de chorales, je les retrouve a Santiago apres mon retour.

L’ensemble de ces personnes a rendu mon sejour sur l’ile encore plus plaisant. Il etait agreable de se retrouver autour d’un bon vieux jeu de cartes le soir, apres une journee passee sous le soleil et dans la poussiere a arpenter l’ile.

Quant a l’ile en elle-meme, j’en garde une impression merveilleuse. Le fait que personne ne puisse expliquer l’utilite des Moai’s ni leur signification permet a tout un chacun de laisser son imagination vagabonder, et de construire sa propre interpretation. Les statues ont un air grave, la bouche decrivant une moue les rendant severes. Le regard est oblique, dirige vers le ciel. Que fixent-elles ? Est-ce une maniere de nous signifier qu’elles ont atteint une connaissance qui leur permet de se detourner de monde terrestre, de s’elever au-dessus des preoccupations du commun des mortels ? L’ile compte quelques sites ou l’on peut observer les statues alignees. De 5 a 15 statues, etre a leurs pieds donne l’impression d’etre face a un tribunal compose de differents sages. Les visages sont souvent tous differents, mais quoiqu’il arrive, aucune ne vous regarde…

Mes deux sites preferes furent Rano Raraku et Puna Pau. Rano Raraku, c’est le berceau. Les flancs exterieurs de ce volcan sont couverts de statues plantees dans le sol. L’interieur quant a lui possede une lagune ou quelques chevaux paissent tranquilement. En escaladant les parois, on retrouve quelques statues, et l’on peut observer les differents endroits qu’utilisaient les tailleurs realisant les Moai’s. Certaines des statues sont encore prises dans la roche volcanique, les visages sculptes et le reste du corps en cours de finalisation. A 5 minutes du volcan, 15 statues alignees tournent le dos a la mer, faisant face au volcan. En marchant entre les statues non extraites de la roche, celles disseminees a l’interieur et a l’exterieur du cratere, j’ai l’impression qu’elles sont dotees d’une vie propre. Sortant de la roche, elles descendent la pente jusqu’a la lagune, et se dirige vers les points qui leurs sont assignes sur l’ile, mues par une force propre et sous le regard bienveillant des 15 sages…
Puna Pau n’est pas le site le plus courru de l’ile et est en fait la carriere ou etaient faconnes les “chapeaux” qui couvrent la tete de certains Moai’s. Le site est calme, petit, mais les 10 tonnes qu’atteignent certaines de ces “meules” me laissent perplexe. Comment ont-ils fait pour acheminer ces rocs jusqu’au sommet des statues, sachant que certains Moai’s sont a une dizaine de kilometres de la carriere ? Ils les faisaient probablement rouler, mais il fallait le vouloir, et surtout reussir a les hisser (parfois a plus de 7 metres au dessus du sol)…

Environ 800 statues peuplent l’ile (contre 3700 humains selon le dernier recensement) et beaucoup d’entre elles sont tombees de leur autel avec le temps. Un tsunami en 1960 en a endommage certaines, et l’acces a certaines zones de l’ile est encore reglemente car sujet a des fouilles et restaurations.

Apres une semaine dans ce cadre, le retour a Santiago est un peu comme une claque. Je considerais mon sejour sur l’ile de Paques comme des vacances au sein de vacances, et force est de constater que ce petit moment de nostalgie typique des retours de vacances me gagne des mon arrivee a Santiago. L’impression qu’une partie de mon voyage est derriere moi (ce qui, dans tout les cas, est vrai, mais c’est la premiere fois que je le realise).

J’accorde a Santiago une bonne journee et demie de visite en complement de mon apres-midi pre-paques. Megalopole, les grandes avenues sont bruyantes et fortement peuplees, mais il est possible en quelques minutes de se retrouver dans de petits quartiers calmes et typiques, sorte de poumons de tranquilite dans un corps pollue et hyperkinetique. Avec Aaron, nous retrouvons Cynthia, journaliste locale et rencontree a Rapa Nui. Elle nous emmene dans de petites ruelles du centre, et nous dinons ensemble dans un restaurant specialise en cuisine patagonienne. Truite et mousse au chocolat pour le meme prix qu’une pizza sur Rapa Nui, je suis aux anges.

Et apres Santiago, j’entame une timide remontee vers le Nord. Je prends mes quartiers a Vina del Mar, sorte de station balneaire a deux heures de Santiago, sise juste a cote de Valparaiso. Ce mercredi a ete quelque peu brumeux, mais j’espere pouvoir compter sur un bon soleil demain pour approfondir ma visite de Valpa, ville declaree patrimoine de l’humanite et ou d’antiques systemes d’ascenseurs permettent de monter sans efforts les collines sur lesquelles sont situes les principaux quartiers de cette agglomeration. J’y ai fait un rapide passage cet apres-midi, visitant au passage la maison de Pablo Neruda (sa maison a Santiago m’avait fortement plue, et le personnage vaut le peine de s’attarder dans ses lieux de vie), et Valpa est un endroit ou il fait bon deambuler dans sa kyrielle de petites rues bordees de maisons colorees.

Le prochain arret sera a Serena, avant San Pedro de Atacama. Si tout se passe bien, je devrais effectuer une traversee du desert de 3 jours qui me conduira en Bolivie d’ici le debut de la semaine prochaine…

Nos vemos !